Aromathérapie en soins palliatifs : interview de S. Robilliard, IDE

Depuis longtemps déjà, l’aromathérapie suscite l’intérêt des particuliers. Elle se développe également en milieu hospitalier depuis quelques années, notamment en soins palliatifs où elle trouve une place de choix. Depuis plus d’un an Sophie Robilliard, infirmière à la Maison Médicale Jeanne Garnier et Laurent Taillade, Médecin, travaillent à l’introduction progressive de l’aromathérapie dans les unités de soin.

  • Comment avez-vous découvert l’aromathérapie ?

J’ai découvert l’aromathérapie par le biais des odeurs… j’avais eu la chance de faire une formation en olfactothérapie avec Patty Canac, aromachologue, qui utilise les odeurs à des fins thérapeutiques, pour leurs vertus sur la sphère émotionnelle. Après cette formation, j’ai pratiqué quelques temps l’olfactothérapie auprès des patients, en utilisant la palette d’odeurs de synthèse qui nous avait été offerte. Ce sont donc les odeurs qui m’ont tout naturellement menée aux huiles essentielles car certains patients eux-mêmes m’ont mise sur la voie de l’aromathérapie. Je me suis documentée sur cette discipline que je ne connaissais pas et ai découvert peu à peu qu’il y avait un potentiel incroyable à explorer…

 

  • Pourquoi vous être ainsi investie dans cette discipline ? qu’est-ce que cela apporte à votre pratique professionnelle en soins palliatifs ?

La découverte du « monde des odeurs » a été pour moi une véritable révélation… ce sens, si peu exploité chez l’être humain est pourtant d’une puissance incroyable car les odeurs stimulent directement la partie limbique de notre cerveau qui est le siège des émotions et du plaisir. Les fragrances des huiles essentielles peuvent donc agir sur notre état émotionnel et psychique, ce qui est si important en soins palliatifs. D’autant que l’on sait que ce sens demeure intact longtemps.

A titre personnel, la découverte de l’aromathérapie m’a permis de découvrir une nouvelle dimension du soin, moins « protocolaire », moins classique. Je suis toujours impressionnée de constater combien l’odeur agréable dégagée par quelques gouttes d’huiles essentielles transporte le patient ailleurs, et induit instantanément une impression de bien-être…

Le Dr Laurent Taillade a accepté de se lancer dans cette aventure et de découvrir à son tour ce domaine si riche de promesses et de potentialités et je lui en suis infiniment reconnaissante. C’est une chance inestimable pour ce projet car la présence d’un médecin apporte beaucoup de légitimité et de crédit. Sans cette association, nous n’en serions pas là aujourd’hui…

aromatherapie preparation

  • « L’aromathérapie vise à enrichir les moyens thérapeutiques pour offrir au patient et à son entourage une prise en charge toujours plus globale et personnalisée. » Concrètement qu’est-ce que cela veut dire, pouvez-vous nous citer des exemples ?

L’aromathérapie est une approche complémentaire en ce sens qu’elle ne vient pas supplanter une approche classique, mais qu’elle apporte d’autres outils pour soulager des symptômes. C’est évidemment une approche très relationnelle car l’application des huiles essentielles utilise prioritairement la voie du massage, par nature relationnelle. La diffusion crée également un climat propice à la communication car les odeurs vont permettre au patient de lâcher prise, de parler de ses émotions, parfois d’évoquer des souvenirs réveillés par des parfums spécifiques.

Il est rare que les retours soient négatifs car peu de personnes ne supportent pas les odeurs douces… les patients sentent que les soignants cherchent d’autres solutions pour soulager leurs symptômes et cela crée bien souvent une relation de confiance entre les deux.

 

  • Pouvez-vous nous partager des « paroles de patients ou de proches » ?

Les retours positifs sont très nombreux, que ce soit de la part des patients, mais également des familles.

    • Une patiente à qui l’on fait une toilette avec diffusion d’orange et Ravintsara : « je ne m’étais pas sentie aussi bien depuis longtemps »
    • Un patient qui s’endort systématiquement avec le stick olfactif apaisant dans la narine…
    • Une famille qui témoigne que le mélange utilisé alors que le père de famille était en phase agonique a détendu tout le monde, qu’ils ont senti qu’ils s’apaisaient
    • Une épouse qui raconte que l’odeur nauséabonde dans la chambre de son mari était difficile à supporter, qu’elle éprouvait de la honte lors des visites. Depuis l’introduction d’une diffusion à visée assainissant, elle se sent plus sereine et détendue…

Les retours sont également positifs de la part des soignants car si les huiles essentielles apaisent le patient, elles agissent naturellement sur les soignants. Les soins sont plus paisibles et agréables, les odeurs désagréables et agressives sont atténuées… tout le monde s’en sent mieux…

 

  • Ce projet est inscrit au projet d’établissement de la Maison Médicale Jeanne Garnier; Comment les équipes réagissent elles ? Médecins, IDE, AS….quel accueil ? Comment vous y prenez-vous pour faire adhérer et former les personnels?

Utilisation des huiles essentielles par voie de massage des mains

L’accueil du projet est très enthousiaste. Il a mûri doucement et l’idée a fait son chemin, en se répandant comme le font les odeurs … Comme les essais réalisés sont positifs, que les retours sont bons, ce projet arrive donc en terrain presque conquis et les soignants sont impatients de mettre enfin en œuvre ce dont ils entendent parler depuis des mois et dont le démarrage a été décalé en raison des évènements que l’on sait…

 

Reste maintenant à permettre aux soignants de s’approprier le projet pour qu’il puisse vivre et s’enrichir. Cela passera par la formation, le suivi des équipes et l’évaluation des différents protocoles et nous nous engageons à mettre l’accent sur ces différents points.

 

 

Jeanne Garnier: lauréat de la bourse de la Fondation Gattefossé pour l’aromathérapie 

Depuis plus d’un an, les huiles essentielles s’invitent progressivement à la maison médicale Jeanne Garnier… Sophie Robilliard, infirmière s’est intéressée puis passionnée pour l’aromathérapie clinique, une pratique, à la fois ancestrale et novatrice. Elle s’est formée et a entrainé avec elle le docteur Laurent Taillade, puis une quinzaine de soignants qui sont aujourd’hui référents au sein des différentes unités de l’établissement. L’aromathérapie clinique est désormais inscrite dans le  projet d’établissement et fait ainsi son entrée dans l’offre de soins de la Maison Médicale. Le 7 octobre dernier, la fondation Gattefossé, acteur de référence dans le domaine de l’aromathérapie, a voulu récompenser et soutenir ce projet en lui décernant une bourse de 5000 euros.
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Laurent Taillade et Sophie Robilliard recevant le prix des mains de Madame Gattefossé-Moyrand

L’aromathérapie clinique consiste à utiliser les huiles essentielles comme approche thérapeutique complémentaire des thérapies dites « classiques ». Elle vise à  enrichir les moyens thérapeutiques pour offrir au patient et à son entourage une prise en charge toujours plus globale et personnalisée. En effet, cette thérapie offre la possibilité d’agir efficacement sur les différentes sources d’inconfort que l’on peut rencontrer chez nos patients, de façon douce et non conventionnelle. Les fragrances  des huiles essentielles, associées à leurs vertus thérapeutiques apaisent et soulagent en agissant sur des symptômes variés. A Jeanne Garnier, trois protocoles sont pour l’instant mis en place pour prendre en charge l’anxiété et les nausées des patients ainsi que l’assainissement des chambres par la voie de diffuseurs, de sticks ou de massages.  Les patients, les familles et les soignants témoignent régulièrement du bienfait de ces soins.

La Fondation Gattefossé a pour vocation de  contribuer à l’amélioration de la qualité de vie du patient à l’hôpital en soutenant l’intégration des pratiques d’aromathérapie dans son parcours de soin. Après délibération du comité scientifique, elle a choisi de soutenir la démarche de la Maison Médicale Jeanne Garnier en lui décernant une bourse. Cette distinction s’appuie  sur un ensemble de critères : formation à l’aromathérapie scientifique des porteurs de projet et de l’équipe soignante, pertinence des protocoles, évaluation du processus de soin et de la satisfaction du patient…

vignette-logo-gattefosse-fondation1Madame Sophie Gattefossé-Moyrand, présidente de la fondation est donc venue à la Maison Médicale le 7 octobre pour la cérémonie de remise de la bourse. Cette visite a été l’occasion de rencontres avec des patients, d’échanges fructueux, de partages d’expérience.  Cette convention entre la Maison Médicale Jeanne Garnier et  la Fondation Gattefossé va permettre d’organiser des journées de formation pour l’ensemble du personnel, et de financer l’achat d’huiles essentielles et de matériel. Elle constitue un soutien précieux dont nous sommes très reconnaissants. 

 

Lire l’interview de Sophie Robilliard, porteuse du projet Aromathérapie avec le Docteur Laurent Taillade

 

Remise de la bourse Gattefosse en présence de Sophie Gattefossé-Moyrand, Présidente de la fondation, Delphine Marchaud Responsable des Affaires Scientifiques à la fondation Gattefossé, Isabelle Lesage Présidente de l’association des Dames du Calvaire, et Emmanuelle Quillet Directrice des établissements Jeanne Garnier

  • Utilisation des huiles essentielles par voie de massage des mains

  • Soignants de l'unité de soins palliatifs

 

 

Interview de Sophie Robilliard

  • Comment avez-vous découvert l’aromathérapie ?

J’ai découvert l’aromathérapie par le biais des odeurs… j’avais eu la chance de faire une formation en olfactothérapie avec Patty Canac, aromachologue, qui utilise les odeurs à des fins thérapeutiques, pour leurs vertus sur la sphère émotionnelle. Après cette formation, j’ai pratiqué quelques temps l’olfactothérapie auprès des patients, en utilisant la palette d’odeurs de synthèse qui nous avait été offerte. Ce sont donc les odeurs qui m’ont tout naturellement menée aux huiles essentielles car certains patients eux-mêmes m’ont mise sur la voie de l’aromathérapie. Je me suis documentée sur cette discipline que je ne connaissais pas et ai découvert peu à peu qu’il y avait un potentiel incroyable à explorer…

 

  • Pourquoi vous être ainsi investie dans cette discipline ? qu’est-ce que cela apporte à votre pratique professionnelle ?

La découverte du « monde des odeurs » a été pour moi une véritable révélation… ce sens, si peu exploité chez l’être humain est pourtant d’une puissance incroyable car les odeurs stimulent directement la partie limbique de notre cerveau qui est le siège des émotions et du plaisir. Les fragrances des huiles essentielles peuvent donc agir sur notre état émotionnel et psychique, ce qui est si important en soins palliatifs. D’autant que l’on sait que ce sens demeure intact longtemps.

A titre personnel, la découverte de l’aromathérapie m’a permis de découvrir une nouvelle dimension du soin, moins « protocolaire », moins classique. Je suis toujours impressionnée de constater combien l’odeur agréable dégagée par quelques gouttes d’huiles essentielles transporte le patient ailleurs, et induit instantanément une impression de bien-être…

Le Dr Laurent Taillade a accepté de se lancer dans cette aventure et de découvrir à son tour ce domaine si riche de promesses et de potentialités et je lui en suis infiniment reconnaissante. C’est une chance inestimable pour ce projet car la présence d’un médecin apporte beaucoup de légitimité et de crédit. Sans cette association, nous n’en serions pas là aujourd’hui…

aromatherapie preparation

  • « L’aromathérapie  vise à  enrichir les moyens thérapeutiques pour offrir au patient et à son entourage une prise en charge toujours plus globale et personnalisée. »  Concrètement qu’est-ce que cela veut dire, pouvez-vous nous citer des exemples ?

L’aromathérapie est une approche complémentaire en ce sens qu’elle ne vient pas supplanter une approche classique, mais qu’elle apporte d’autres outils pour soulager des symptômes. C’est évidemment une approche très relationnelle car l’application des huiles essentielles utilise prioritairement la voie du massage, par nature relationnelle. La diffusion crée également un climat propice à la communication car les odeurs vont permettre au patient de lâcher prise, de parler de ses émotions, parfois d’évoquer des souvenirs réveillés par des parfums spécifiques.

Il est rare que les retours soient négatifs car peu de personnes ne supportent pas les odeurs douces… les patients sentent que les soignants cherchent d’autres solutions pour soulager leurs symptômes et cela crée bien souvent une relation de confiance entre les deux.

 

  • Pouvez-vous nous partager des « paroles de patients ou de proches » ?

Les retours positifs sont très nombreux, que ce soit de la part des patients, mais également des familles.

    • Une patiente à qui l’on fait une toilette avec diffusion d’orange et Ravintsara : « je ne m’étais pas sentie aussi bien depuis longtemps »
    • Un patient qui s’endort systématiquement avec le stick olfactif apaisant dans la narine…
    • Une famille qui témoigne que le mélange utilisé alors que le père de famille était en phase agonique a détendu tout le monde, qu’ils ont senti qu’ils s’apaisaient
    • Une épouse qui raconte que l’odeur nauséabonde dans la chambre de son mari était difficile à supporter, qu’elle éprouvait de la honte lors des visites. Depuis l’introduction d’une diffusion à visée assainissant, elle se sent plus sereine et détendue…

Les retours sont également positifs de la part des soignants car si les huiles essentielles apaisent le patient, elles agissent naturellement sur les soignants. Les soins sont plus paisibles et agréables, les odeurs désagréables et agressives sont atténuées… tout le monde s’en sent mieux…

 

  • Ce projet est inscrit au projet d’établissement de la Maison Médicale Jeanne Garnier; Comment les équipes réagissent elles ? Médecins, IDE, AS….quel accueil ? Comment vous y prenez-vous pour faire adhérer et former les personnels?

L’accueil du projet est très enthousiaste. Il a mûri doucement et l’idée a fait son chemin, en se répandant comme le font les odeurs … Comme les essais réalisés sont positifs, que les retours sont bons, ce projet arrive donc en terrain presque conquis et les soignants sont impatients de mettre enfin en œuvre ce dont ils entendent parler depuis des mois et dont le démarrage a été décalé en raison des évènements que l’on sait…

Reste maintenant à permettre aux soignants de s’approprier le projet pour qu’il puisse vivre et s’enrichir. Cela passera par la formation, le suivi des équipes et l’évaluation des différents protocoles et nous nous engageons à mettre l’accent sur ces différents points.

 

 

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