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Trois Questions au Dr DANIEL D’HEROUVILLE

 Médecin-Chef – Maison Médicale Jeanne Garnier 

Comment avez-vous accueilli le projet de Frédéric Chaudier et comment s’est déroulé votre collaboration ? 

Ma démarche, depuis plusieurs années, est de favoriser ou valoriser tout ce qui peut être produit sur les soins palliatifs par d’autres personnes que des professionnels. C’est encore trop souvent nous, les professionnels, qui parlons ou défendons les soins palliatifs. Frédéric nous propose, à partir de ce qu’il a vécu, de montrer ce qu’il en est des soins palliatifs et de l’accompagnement, sans prosélytisme, de façon naturelle, avec sa perception. Je n’ai pas eu une hésitation. Par ailleurs, je m’attendais à cette proposition, parce que Frédéric nous avait dit qu’il reviendrait ! La collaboration s’est passée sans problème. J’espère avoir été à l’écoute de Frédéric et aussi lui avoir apporté les éléments dont il pouvait avoir besoin. Ce film est son oeuvre. 

Vous êtes l’ancien Président de la SFAP (Société Française d’Accompagnement et de Soins Palliatifs). Est-ce que ce documentaire peut être un outil de travail dans vos démarches officielles ; auprès du personnel médical et bien sûr, des patients ? 

Je pense que ce film peut tout à fait avoir un impact. Je privilégierais l’impact sur le grand public. Ce sont des films comme celui-là qui pourront aider certaines personnes à prendre conscience de ce que ces moments de la fin de vie peuvent représenter, du fait qu’elle fait aussi partie de la vie et qu’il y a encore quelque chose à vivre. Il pourra également être utilisé pour travailler certains points avec des professionnels. 

Quelle est la place aujourd’hui des soins palliatifs dans la société et quelle est votre position par rapport à l’euthanasie ? 

Cette discipline est encore fragile : elle est considérée, par certains, comme accessoire, secondaire… voire un luxe ! Alors que pour moi, c’est une spécialité à part entière qui est aussi essentielle que le reste de la médecine : est-il acceptable d’abandonner ces personnes fragilisées par la maladie, parce que la médecine ne peut pas les guérir ? Ces personnes ont besoin qu’on prenne soin d’elles, qu’on les accompagne… Concernant l’euthanasie, je considère que la position prise par l’Assemblée nationale répond au souhait de la majorité des français qui ne veulent pas souffrir, qui ne veulent pas d’acharnement thérapeutique, mais qui ne veulent pas non plus qu’on mette fin à leur vie brutalement sans leur demander leur avis. Pour moi, la très grande majorité des personnes qui demandent l’euthanasie est composée de patients qui, par cette demande, crient leur détresse de ne pas être soulagées, de souffrir et de ne pas être entendues dans leurs souffrances… Quand on les écoute et quand on fait tout pour les soulager, ces personnes ne parlent plus d’euthanasie. Fort de ce constat, il est clair que l’euthanasie est une mauvaise réponse à une vraie demande. Dans ce contexte également se justifie la nécessité de continuer à développer les soins palliatifs et l’accompagnement partout où des personnes devraient pouvoir en bénéficier. La question de l’euthanasie devrait être abordée de façon plus claire et plus transparente, sans ambiguïté.